
Bonjour, ce discours était très important! Pour toutes les personnes qui étaient devant moi pour l’écouter, qu’ils soient artistes, amateurs d’art ou professionnels dans le secteur artistique, mais aussi pour moi!
Une partie de cette réflexion a été conçue pendant même que je rédigeais ces lignes. Plus qu’une simple expression, c’était une révélation. Et même si le public était agréablement plus nombreux que ce que j’espérais, j’espère via cette retranscription sur mon blog d’amener une réflexion actuelle vers plus de monde.
Entre présentation de mon propre parcours et réflexion sur ce qui est considéré comme de « l’art ». J’apporte un élément de réponse à une très grande question qui ressort de plus belle, alimentée par l’apparition de l’intelligence artificielle dans les processus créatifs.
Je vous souhaite une bonne lecture.
N’hésitez pas à partager tout autour de vous et de laisser un commentaire, tous les avis comptent.
The Anomaly
Bonjour à tous et toutes, c’est un réel honneur aujourd’hui d’être présent parmi vous, depuis que Zoom’art Magazine et notamment Victoria m’ont convaincu que j’avais ma place ici (et il en a fallu des longs messages pour me convaincre), j’ai un tout autre rapport avec mon côté créatif.
Pour me présenter en quelques mots, j’ai pratiqué la photographie pendant 25 ans, j’ai parcouru l’Asie (Vietnam, Chine, Japon pour n’en citer que quelques-uns), et j’ai immortalisé la culture, les croyances, les habitants et la beauté des paysages. Plus ou moins en même temps je me suis intéressé aux possibilités de la création digitale. Dans les années 90, je créais des scènes en 3 dimensions, je programmais de la musique et je me perdais dans les fractales. La création digitale c’était ma manière de m’échapper de la réalité. Utiliser l’outil informatique afin de pouvoir exprimer mes émotions et mes envies était pour moi une chose tout à fait naturelle. Malgré quelques expositions et de nombreux retours positifs, je ne me suis jamais considéré comme un artiste, j’ai toujours fait les choses pour moi-même, pour mon équilibre, pas pour les autres. De toutes les photos que j’ai prises, je pense que 95% n’ont même jamais été partagées.
Ma carrière m’a amené dans le milieu ferroviaire, j’étais directement sur les rails, avec mon appareil photo sous le bras, et j’ai une collection de clichés pris dans des circonstances uniques que je pense dévoiler dans les années qui viennent.
Aujourd’hui je suis parmi vous, et malgré tout ce bagage, ce que je présente ici ne peut techniquement pas être considéré comme de la photographie, mais en y réfléchissant bien cela ne s’en éloigne pas tellement non plus.
Je me suis intéressé à l’intelligence artificielle d’un point de vue purement technique depuis ses balbutiements et toujours aujourd’hui je contribue à repousser ses limites au travers de mes propres programmes et modèles, je prône son utilisation en tant qu’outil, j’utilise moi-même allégrement ses capacités à matérialiser des choses qui n’existent pas avec un niveau de détail et une précision supérieures à celui du meilleur des appareils photos actuels, j’ai fait du détail mon cheval de bataille.
L’intelligence artificielle permet de repousser toutes les limites et de raccourcir le chemin entre les idées et leur réalisation. Imaginez un studio où vous avez à disposition tous les modèles que vous voulez, tous les décors que vous voulez, tous les éclairages que vous voulez, etc… Sans aucune contrainte de temps ou d’argent.
C’est dans cette optique que j’ai utilisé cet outil ici, comme un studio virtuel où même l’impossible est possible. Reproduire une de mes “photographies” serait extrêmement coûteux, aucun des éléments bizarres ou artistiques que j’ai choisi pour mes décors ne seraient réutilisables dans un autre contexte, la prise de vue serait très difficile à mettre en place voire impossible.
Et de manière tout à fait volontaire, j’ai choisi de ne pas mettre une intention évidente au centre de ces photos. Dans notre monde réel, un tel déploiement de ressources nous ferait aborder les choses tout à fait différemment: On ne ferait pas tous ces efforts si ce n’est pour faire la photo parfaite, je cherche plutôt à planifier l’imperfection au travers de détails qui dérangent ou prêtent à confusion. Ma démarche, même en l’absence d’appareil photo, est celle d’un photographe. Planification, composition, lumière, mouvement, … Mais un photographe émancipé de toute contrainte.
En art, on parle de mouvements, et si on devait représenter l’art, c’est la première chose que l’on ferait, un diagramme des différents mouvements artistiques, l’amplitude, les intersections. Je ne pensais pas vraiment parler de ça ici mais je me permets de vous rappeler une toute petite notion de physique: Un mouvement c’est un point de départ, une direction et une amplitude.
Ce qui est créé aujourd’hui, ça l’est grâce à tout ce qui a été fait hier, ce qui a été créé hier se base sur tout ce qui a été créé avant hier. Que ce soit en peinture, en photographie, en sculpture, … Dans tous les domaines artistiques on crée par rapport à ce que d’autres ont créé précédemment, on n’a pas attendu la technologie pour le faire, il n’y a même que comme ça que l’art peut fonctionner.
De tout temps on a rebondi sur les règles d’autrui, soit en les respectant, soit en les contournant ,soit en faisant tout le contraire, l’art est beaucoup plus mathématique qu’on le croit. Et ce n’est donc pas étonnant qu’aujourd’hui un nouvel outil “logique”, purement mathématique, rigide mais extrêmement efficace permette à tous ces mouvements de s’accélérer, simplement en définissant comme point d’origine tout le savoir et la création du monde.
Cette rigidité, c’est l’être humain derrière la machine qui la rend malléable, l’humain reste la composante principale qui va lui donner sa direction (toujours pour en revenir à notre formule), la seule différence par rapport à avant, c’est que l’artiste, au lieu de se limiter à ses propres connaissances, a accès à une infinité de points de départ, la plupart dont il ne connaît même pas l’existence. Nous avons donc d’un côté notre origine du côté de la machine: Tout le savoir du monde, tout ce qui a été créé, et de l’autre la direction que l’humain choisit selon sa manière de suivre, contourner ou éviter les règles établies.
Dans notre formule du mouvement, il nous reste l’amplitude: Qu’est-ce qui fait qu’une forme d’art survit ou disparaît, qu’est-ce qui fait qu’une forme d’art sert de base à de nouvelles règles, qu’est-ce qui fait qu’une forme d’art est reconnue en tant que telle? C’est une réponse à laquelle j’ai pu commencer à répondre en 2023 quand Zoom Art Magazine, représenté par Victoria ici présente, m’invite cordialement à exposer pour la première fois certaines de mes créations à l’International Art Gallery.
Jusque là je me considérais comme un “technicien en création digitale” et certainement pas un artiste. Après de nombreux échanges d’e-mails, elle me sort une phrase qui résonne toujours en moi: “Ce n’est pas à vous de décider si vous êtes artiste ou non”, et là se trouve la réponse a une grande question: Est-ce que ce que je crée avec l’IA ou, je ne sais pas moi, en scotchant une banane sur le mur d’une galerie par exemple, peut être considéré comme de l’art? Ce n’est pas à moi de fournir cette réponse, celui ou celle qui le détermine c’est le récepteur, le public, les personnes qui y réagissent.
La personne qui regarde nos créations et considère que c’est de l’art a tout à fait raison, tout comme la personne qui regarde nos créations et considère que ce n’est pas de l’art. L’appartenance au domaine artistique est déterminée par les récepteurs, et cette notion d’amplitude de mouvement est simplement déterminée par la proportion d’êtres humains qui reconnaissent que ce que vous réalisez peut être élevé au rang d’art.
L’évolution technologique nous met actuellement face à une explosion de mouvements qui sont de qualité fortement inégale car la très grande accessibilité est à la fois un gros avantage et un gros inconvénient. On ne peut pas reprocher à l’humain et à son instinct de survie de ne pas profiter d’une main tendue, mais la cupidité et la fainéantise, qui n’ont pas attendu la technologie pour s’affirmer, sont des défauts résolument humains qui viennent à la rencontre d’un amplificateur.
Cette explosion est initiée par toutes ces personnes à qui on a donné accès à tout le savoir du monde. Nous sommes encore dans le feu de l’action où toutes les erreurs de jeunesse sont commises, où le manque de maturité fait loi, où on constate encore plus les effets négatifs que le positif car on ne va pas se mentir, pour chaque avantage qu’une technologie apporte, un désavantage encore plus conséquent en découle.
Ces désavantages, l’ingéniosité des humains a toujours été capable de les mitiger avec le temps. On peut déjà voir quotidiennement d’énormes évolutions au niveau de l’efficacité énergétique, de la réduction des abus et de l’éducation de la population par rapport aux dérives de l’outil. Quand tout ce feu s’apaisera, on pourra enfin admirer toutes les étincelles qui feront avancer l’art dans de nombreuses autres directions que celles que l’on connaît. S’ensuivra une libération de l’art et de nouvelles façons de créer, une multitude de mouvements avec tous les rebondissements et entrecroisements que cela occasionne.
Chacun a le pouvoir de donner à son mouvement la direction qu’il désire, il ne tient qu’aux individus de faire parler leurs propres sensations. Rejeter ce qui n’en vaut pas la peine, accepter ce qui a du potentiel et qui révolutionne ce qui a été fait auparavant. Même si actuellement de nombreuses personnes essaient de museler le mouvement en tentant d’influencer ce que les autres pensent, je sais qu’en finalité chaque être humain sera capable de faire ses propres choix. Cette évolution ne remplace pas, elle cohabite. L’art traditionnel n’arrête pas d’exister, je dirais même que dans de nombreux cas il est de nouveau mis à l’honneur comme il se doit En ce qui me concerne, peu importe ce qu’il advient de l’acceptation ou non de la création à l’aide de l’intelligence artificielle, je continuerai sur ma lancée, juste pour moi, en allant toujours plus loin, jusqu’au bout de mon existence.
Et peut-être même qu’à un certain moment, il y aura un groupuscule de personnes qui considérera ma démarche à contre-courant comme artistique!